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Photo Gérard Neuvecelle, Bobigny
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Personnalité brillante aux
multiples facettes : chanteur, auteur, pianiste, compositeur, metteur
en scène, fin comédien, Bernard Sinclair est né à Marcq-en-Baroeul,
dans le Nord. Après avoir débuté dans la chanson alors qu’il était
étudiant en médecine, il se tourne rapidement vers une carrière
lyrique, sur les conseils d’Elie Delfosse qui devait devenir, par la
suite, directeur de l’Opéra de Nancy, puis de l’Opéra du Nord.
Brûlant les étapes, il accède immédiatement aux premiers rôles d’opéra-comique
et d’opérette dans les théâtres de province et d’expression
française. P. Lafaille , rendant compte d’une représentation de Princesse
Czardas au Théâtre Sébastopol de Lille, écrit dans la revue
" L’Entracte " : " Quel chemin
parcouru vers la consécration depuis ce soir où, à Roubaix, Bernard
Sinclair se lança, encore étudiant, dans le grand bain sous la faluche
du joyeux Schaunard de " La Bohème ", puis sous la
bure plus austère du Moine musicien du " Jongleur de
Notre-Dame " !…Il a franchi les étapes aussi
allégrement que son aigu soutient les tessitures les plus ardues. C’est
vibrant, passionné et… clair comme son pseudonyme ".
Il est vrai que
ce séduisant baryton-martin a reçu bien des dons en partage : une
voix au timbre plein de charme et à l’aigu généreux et éclatant, une
musicalité parfaite, un physique de jeune premier et une élégance
naturelle qui, joints à son talent de comédien, en font un interprète
idéal de l’opérette classique française, de l’opérette viennoise
et de certains opéras.
En témoigne cette critique parue dans le journal
" La France " de Bordeaux, sous la plume de Roger
Galy, en 1970, sous le titre " Bernard Sinclair, un
éblouissant Marouf " : " Bernard Sinclair
compose son personnage avec beaucoup de finesse. Il est le malheureux
Marouf et Marouf l’étonné. Il est le Marouf prenant peu à peu
de l’assurance et puis le Marouf radieux comblé par les dieux et
l’amour. Que de gentillesse, de simplicité, d’intelligence en un mot.
Et jamais, semble-t-il, sa voix n’a été plus valeureuse et
mieux conduite tant dans le médium que dans l’aigu. On songe au mot
perfection… eh oui… c’est ainsi ". Le même critique,
à propos de son interprétation de Schubert dans Chanson d’amour,
saluait " Un Sinclair des très grands jours qui atteint la
perfection dans ce rôle.Il est certes remarquablement grimé, mais quelle
science du geste, quelle intelligence, quelle émotion ! Un
authentique Schubert quoi, myope, passant dans la vie comme dans un rêve.
Bernard Sinclair n’est donc pas seulement le jeune premier des aventures
viennoises, c’est un vrai, un étonnant comédien ".
Paris découvre Bernard Sinclair en 1966 dans La
danseuse aux étoiles, au théâtre Mogador où il reviendra, en 1970,
pour une reprise de Rose-Marie. Entre-temps, il enregistre de
nombreux ouvrages pour le service lyrique de l’ORTF comme Les Dragons
de l’Impératrice de Messager (1970), La Chauve-Souris, La
Hussarde de Fourdrain, Roger Bontemps et La tendre Alyne
de Berthomieu (1973)... Il est engagé à l’Opéra-Comique où il
participe à la création, sur cette scène, de La Chauve-Souris ,
dans les rôles du Prince Orlowski, puis de Gaillardin, et où surtout il
incarne un Pelléas de rêve, tant vocalement que scéniquement (1969). On
pouvait lire dans la revue Opéra de janvier 1970, sous la plume de Jean
Goury :
" Foin donc des Pelléas souffreteux et
compassés ! Bernard Sinclair prête au rôle une santé et une
assurance du meilleur aloi. Il lui prête aussi - et la chose
n’est pas moins rare - une voix correspondant à l’emploi… Le
public semble l’avoir adoptée qui ne cesse de réclamer le chanteur sur
toutes les scènes de France et de Navarre. Il est vrai que c’est dans
un tout autre répertoire. Et pourquoi ne le demanderait-on pas maintenant
dans celui-là ? Il y a là pour les directeurs de province
une expérience à tenter. "
Bien des directeurs suivirent ce conseil comme
Michel Plasson qui dirigea Bernard Sinclair pour une série de
représentations de l’ouvrage au Capitole de Toulouse en 1973. A Paris
toujours, on pourra l’applaudir, en 1972, dans " Il était une
fois l’opérette " de Jean Poiret au Palais-Royal où il sera
également l’amant de Madame de de Jean-Michel Damase, à l’Espace
Cardin où il chantera le rôle du fils du sénateur lors de la création
de La P… respectueuse, opéra du compositeur hongrois Kamilio
Lendway d’après l’œuvre de Jean-Paul Sartre , et où il sera
Aristée-Pluton lors de la reprise de Orphée aux enfers d’Offenbach
dans une mise en scène de Jorge Lavelli (1984). La même année, au
Châtelet, il sera Eisenstein (Gaillardin) dans La Chauve-Souris.
En dehors de ses prestations parisiennes, les
grandes scènes de province et des pays d’expression française
accueillent Bernard Sinclair. Il y chante des rôles d’opéra-comique et
d’opéra (Sylvio, Frédéric, Mercutio, Sharpless, Escamillo, Marouf,
Pelléas…) et tout le répertoire d’opérette, genre où il excelle
tout particulièrement, ses rôles de prédilection étant Paganini,
Danilo de La Veuve joyeuse, Le Tsarévitch, Le comte de
Luxembourg, Rip, le Marquis des Cloches de Corneville,
Brissac des Mousquetaires au couvent, Monsieur Beaucaire,
Goethe de Frédérique, Strauss junior de Valses de Vienne,
Sou-Chong du Pays du sourire qu’il chante dans la tonalité
originale, ce qui est exceptionnel pour un baryton. En 1994, il aborde la
comédie musicale avec une grande tournée de Hello Dolly !
(Vandergalder) qu’il jouera dans trente deux villes.
Tout au long de sa carrière, il enregistre sur
disques de nombreux ouvrages.
Il compose une opérette dont le héros sera… un
baryton ! Ainsi verra le jour Le Chevalier des Mers qui
remporta un grand succès lors de sa création à l’Opéra de Nice en
1973 et fut repris sur de nombreuses grandes scènes lyriques de province,
de Belgique et de Suisse.
Esprit curieux de tout, c’est en menant déjà
une carrière lyrique prometteuse que Bernard Sinclair avait terminé ses
études de médecine et s’était spécialisé (quoi de plus naturel pour
un chanteur ?) en oto-rhino-laryngologie. Il a ouvert, en 1975, un
cabinet médical à Paris et se consacre particulièrement à la chirurgie
de sa spécialité qui le passionne.
Quand il décide d’interrompre momentanément ses
activités professionnelles, celui qui incarna Jean Bart sur scène
embarque à Hyères, pour sillonner la Méditerranée, sur son voilier qui
a pour nom " Chevalier des mers " !
Annik Caubert |