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Opéra-comique
1956

Bernard
Sinclair & Mady Mesplé
disque
EMI |
C'est à l'époque de la
Régence, que ce patronyme de Madame Angot a été attribué, on ne sait
trop pourquoi, au personnage de la femme du peuple subitement enrichie et
évoluant dans le beau monde avec ses manières et son langage vulgaire.
Par certains côtés, le Directoire
était le règne de la pagaille, des spéculateurs et du marché noir. C’est
à ce moment que Madame Angot fit son apparition sur les planches où une
bonne dizaine de pièces racontèrent ses aventures imaginaires. Des
romanciers s'intéressèrent au personnage à qui ils attribuèrent mari,
fille, et d'étranges aventures chez les Barbaresques.
Le souvenir de Madame Angot ne
serait peut-être pas parvenu jusqu'à nous sans Lecocq et ses
collaborateurs, qui lui permirent de connaître une renommée mondiale.
Si Madame Angot, et qui plus est
Clairette Angot, sont des personnages imaginaires, Mademoiselle Lange et
Ange Pitou ont réellement existé.
Mlle Anne Lange est née en 1772.
Actrice à la Comédie Française, elle fut arrêtée en 1793 avec ses
camarades pour avoir joué une pièce révolutionnaire. Ses relations lui
permirent de recouvrer la liberté. Elle entra au Théâtre Feydeau et
mena grand train sous le Directoire. Il est peu probable qu'elle ait eu
une liaison avec Barras. En 1798, Jean Simons, un riche carrossier
Bruxellois reconnaît son enfant et l'épouse. Elle abandonne le théâtre
et meurt à Florence en 1826.
Ange Pitou est né à Châteaudun en
1767. Ancien séminariste, devenu chansonnier royaliste, il fut
plusieurs fois arrêté sous la Terreur, mais échappa à chaque fois à
la guillotine. Le Directoire le déporta à Cayenne. Il fut gracié par le
Premier Consul Bonaparte, chichement pensionné par les Bourbons après la
Restauration. Il devait vivre jusqu'en 1842.
On pense généralement que c'est
Humbert, le directeur des Folies-Parisiennes de Bruxelles, qui suggéra
aux librettistes et à Lecocq de situer l'intrigue de l’ouvrage qu'ils
préparaient pour son théâtre sous le Directoire. Idée originale car
jamais cette époque n'avait été traitée en opéra-comique. Deux
personnages historiques, Mademoiselle Lange et Ange Pitou entouraient les
héros imaginaires parmi lesquels la légendaire Madame Angot ou plutôt
sa fille Clairette.
Aussi bien à Bruxelles qu'à Paris
quelques semaines plus tard, La Fille de Madame Angot reçut un
accueil triomphal. À Paris, elle fut jouée 411 représentations
consécutives, avec un succès qui rappelait celui des grandes opérettes
d'Offenbach. Le mérite en revenait surtout à Lecocq et à ses
librettistes car l'interprétation était tout au plus convenable.
Mendasti était un Pitou sans éclat, Dupin un Pomponnet vocalement
insuffisant, Luco un Larivaudière sans verve. Heureusement, Paola Marié
était une Clairette mutine et pleine d'entrain. Marie Desclauzas, tout
comme à Bruxelles, une Mlle Lange remarquable. La mise en scène faisait
honneur au sens de l'économie du directeur Cantin.
Dès l'année de sa création
parisienne l'ouvrage était chanté dans 103 villes de province. L’étranger
ne tarda pas à l'adopter...
Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, La Fille de
Madame Angot a été régulièrement reprise à Paris. L’Histoire a
retenu la représentation exceptionnelle donnée le 28 décembre 1918 à l’Opéra-Comique
au bénéfice des œuvres de guerre. Une distribution éblouissante
réunissait Edmée Favart (Clairette), Marthe Chenal (Lange), Marthe
Davelli (rôle de Pomponnet joué par un travesti), Fernand Francell (Pitou),
Félix Huguenet (Larivaudière), Maurice Renaud (Louchard), Dranem (Buteux),
Max Dearly (Trénitz). Orchestre sous la direction de Reynaldo Hahn.
L’année suivante, l’ouvrage fut
officiellement inscrit au répertoire de la salle Favart. Après la
guerre, l’Opéra Comique le repris à plusieurs reprises. La dernière
série de représentation a eu lieu au théâtre du Châtelet en 1984.
Heureusement, La Fille de Madame Angot s’est maintenue au
répertoire des théâtres de province. |