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Un peu d’histoire
L'action de Pour Don Carlos se déroule en
1875, dans la phase finale d'une période troublée de l'histoire
espagnole. Cette période débuta en 1830, année au cours de laquelle le
roi d'Espagne Ferdinand VII modifia en faveur de sa fille Isabelle, et au
détriment de son frère Don Carlos et de ses descendants, l'ordre de
succession à la couronne. Le nom de Carliste fut donné à tous ceux qui
refusèrent de reconnaître cette décision.
Dès la mort de Ferdinand (1833), un premier
soulèvement carliste éclata dans le pays basque. Après plusieurs
années de lutte, Don Carlos dut s'enfuir en France, où il fut interné
à Bourges.
À sa mort, en 1855, le carlisme se reconstitua
autour de son fils qui tenta, aidé de son frère cadet Ferdinand, de
débarquer à l'embouchure de l'Ebre et de soulever l'Aragon. Arrêtés,
ils obtinrent leur liberté par une renonciation à leurs droits à la
couronne, sur laquelle ils revinrent sitôt libérés.
Le parti carliste se reforma autour de Don Carlos
(1848-1909), fils de Don Juan, frère des précédents. Une première
tentative pour reprendre le trône d'Espagne échoua (1870-1872) ;
une seconde tentative faillit réussir en 1873, lorsque Don Carlos se
rendit maître d'une grande partie du nord et du nord-ouest de l'Espagne.
Mais l'avènement d'Alphonse XII au trône d'Espagne fut suivi de
victoires qui contraignirent Don Carlos à un exil définitif. Don Carlos
mourut à Varèse en 1909. Cet exil anéantit les espoirs du parti
carliste, mais non son existence, car ce mouvement, défenseur du
traditionalisme politique et religieux se survit encore, surtout en
Navarre.
L’opérette
Dans son ouvrage "Trompe l'œil", Maurice
Lehmann analyse ainsi la situation de l'opérette en France tout de suite
après la seconde guerre mondiale :
"Il faut reléguer Michel Strogoff et Le
Tour du Monde au magasin des accessoires. André Baugé, Bach, c'est
déjà le passé. Les opérettes à grand spectacle subsisteront si la
formule évolue...."
Il fallait donc à la fois renouveler le genre et
découvrir de nouveaux talents.
Paradoxalement, c'est un petit théâtre, le
Casino-Montparnasse qui montra la voie avec cette Belle de Cadix
qui vit le triomphe de Francis Lopez, Raymond Vincy et Luis Mariano.
Henri Montjoye, directeur de la Gaîté-Lyrique,
fit d'abord appel à un compositeur célèbre et un jeune premier déjà
connu, c’est-à-dire à Maurice Yvain et André Dassary (Chanson
Gitane, 1946). Puis, il mit son théâtre à la disposition de Francis
Lopez et Luis Mariano (Andalousie,1947).
Au théâtre Mogador, Henri Varna s'adressa à son
ami Vincent Scotto, encore tout auréolé de ses réussites dans
l'opérette marseillaise. Vincent Scotto sut élargir sa manière. Violettes
Impériales (1948) fut son triomphe, et celui d'un jeune baryton,
Marcel Merkès, qui avait débuté l'année précédente à Mogador dans
une reprise de Rêve de Valse.
Maurice Lehmann, qui présidait aux destinées du
Châtelet depuis 20 ans, dut attendre 1950 pour trouver son premier
succès indiscutable de l'après-guerre. En effet, ses deux premiers
essais, La Maréchale sans Gêne et Annie du Far West, sans
être des échecs, ne furent pas des succès déterminants. Maurice
Lehmann fit alors appel à Francis Lopez et demanda à Pierre Benoît
l'autorisation de tirer une opérette de l'un de ses livres. Il s'assura
la collaboration de André Mouëzy-Eon et Raymond Vincy. La première
représentation de Pour Don Carlos eut lieu le 16 décembre 1950
avec Georges Guétary et Maria Lopez dans les rôles principaux. Maurice
Lehmann commente ainsi l’accueil fait à cet ouvrage :
"Cette fois-ci, nous pressentons le succès.
La pièce part en trombe. La musique est pimpante, agréable. Lopez est
absolument à son affaire dans ce genre d'ouvrage, et le livret a été
habilement adapté par Raymond Vincy. Tout cela doit marcher, c'est sûr.
Georges Guétary et Maria Lopez, une nouvelle venue arrachée à l'Opéra
où elle a passé une année après trois premiers prix de Conservatoire,
forment un couple idéal. Ils accaparent la première page des
journaux".
Pour Don Carlos se joue un an au Châtelet.
Bien entendu, la province prend ensuite le relais. Aujourd’hui, l’ouvrage
a pratiquement disparu du répertoire. On se demande pourquoi, car le
livret est meilleur que celui de bien des opérettes de ce style qui
elles, sont toujours représentées, et que la partition de Lopez comprend
des airs bien venus qui eurent à la création un succès médiatique
indiscutable : " Bergerette ", " Je
suis un bohémien ", " La fête en
montagne ", chantés par Georges Guétary, l’air-titre
" Pour Don Carlos" , " La duchesse d’Agadir ",
Veux-tu-savoir ?, interprétés par Maria Lopez. |