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TA BOUCHE

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Maurice Yvain (1891-1965)

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    En 1922, Maurice Yvain était âgé de 31 ans. Il était déjà célèbre comme compositeur de chansons à succès (" Mon homme ", 1920).

    C'est Gustave Quinson, directeur du Palais-Royal, qui le décida à se tourner vers l'opérette. Il lui proposa un contrat de trois opérettes, et lui présenta peu après le scénario de Ta bouche, qu'il avait écrit en collaboration avec Yves Mirande.

    Le scénario parut squelettique à Yvain et à Willemetz, qui était contacté pour écrire les lyrics. Les deux hommes se mirent tout de même au travail. Au bout de dix jours les trois actes étaient prêts. Les auteurs ayant complété le texte, on put commencer les répétitions.

    Quinson avait promis l’ouvrage à une jeune et jolie comédienne, Jane Renouardt, alors directrice d'une nouvelle salle, le théâtre Daunou. Les répétitions se déroulèrent tout d’abord sans incident. Mais à huit jours de la première, les artistes manquant de confiance dans la pièce, voulurent rendre leur rôle. L'autorité de Quinson, la patience d'Edmond Roze, le metteur en scène, rétablirent la situation.

    Yvain écrit, qu’au lendemain de la première " La critique couvrit de fleurs la distribution. Avoir réuni Victor Boucher, Jeanne Cheirel, Guyon fils, comédiens chevronnés, pour les transformer en chanteurs d'opérette tenait de la gageure ; mais ils étaient vocalement entourés par Jeanne Saint-Bonnet à la voix fraîche et naturellement mélodieuse, et soutenus par deux piliers du café-concert : Mary Hett et Gabin (père). Un trio de jeunes filles, petites pestes de plage, débitaient leurs rosseries sur les personnages de la comédie. L'une, Christiane D’Or, aux grands yeux étonnés, devint la fantaisiste obligatoire de ce nouveau répertoire " (1).

   José Bruyr (2) rapporte une autre critique (d'Henri Bidou) faite au lendemain de la première : " Toute la fadasserie sentimentale qui fait l'ignominie du genre a ici disparu. Il ne reste que comique et grâce vive. La petite partition de Maurice Yvain marquera à coup sûr un chapitre de l'esprit de l'opérette française ". José Bruyr rapporte également ce jugement d'Honegger sur Yvain : " Un final d'Yvain, c'est ficelé comme un final d'Haydn. Ce petit musicien est un maître ".

Création de "Ta Bouche"

    À la fin de la seconde guerre mondiale, on citera à Paris une reprise de Ta bouche par le théâtre Mogador (12 août 1944) dont la carrière ne dépassa pas six mois. La reprise de 1980 au théâtre Daunou, mise en scène par Jacques Mauclair fut agréablement accueillie par la critique et par le public. Perrette Souplex, Caroline Cler, Bernard Lavalette et Patrick Préjean furent particulièrement applaudis dans le célèbre quatuor " Puisqu’un heureux hasard ". La distribution comprenait également Arièle Semenoff (Eva), Daniel Desmars qui s’était " fait " le physique du créateur Victor Boucher, Claire Cellier, Carole Clin et Annick Roux.

    Au moment l’opérette des " Années Folles " fait un retour en fanfare sur l’Hexagone (Là-Haut, Yes, Dédé…), on s’étonne de l’absence de Ta Bouche, un chef d’œuvre à redécouvrir.


(1) Source : " Ma belle Opérette ", livre de souvenirs de Maurice Yvain (La Table Ronde, 1962)
(2) " L'opérette " (PUF, 1974)


L'argument

    Acte I : 1920, à Truc-sur-Mer

    Eva et Bastien s'aiment. Leurs parents sont favorables à une union. Deux bonnes raisons pour que les jeunes gens prennent quelques acomptes et anticipent en quelque sorte le mariage envisagé.

    En réalité, la mère d'Eva, une pseudo-comtesse, n'a plus le sou. Elle espère trouver en Bastien un parti avantageux pour sa fille. Or, Monsieur du Pas-de-Vis, le père du jeune homme est également ruiné. Il cherche pour Bastien une riche héritière.

    Quand les parents apprennent l’état réciproque de leurs finances, ils s'opposent au mariage de leurs enfants. Eva et Bastien sont désolés, mais la comtesse et Monsieur du Pas-de-Vis restent inflexibles.

    Mélanie, la gouvernante du père et Jean le serviteur de la comtesse font les malles, et tout ce beau monde s'en va chercher fortune ailleurs.

    Acte II : 1921, à Pouic-les-Flots

    Monsieur du Pas-de-Vis a épousé Mélanie, qui a hérité une grosse fortune. La comtesse a convolé en justes noces avec son fidèle Jean, qui jadis s'était ruiné pour elle. Jean s'appelant Leduc de son nom de famille, la comtesse devient naturellement Madame " La duchesse ".

    Bastien s'est marié avec une orpheline à la fois riche et laide. Eva est très courtisée. Elle s'est constituée une dot en acceptant les cadeaux de ses admirateurs, tout en refusant de céder à leurs avances !

    A Pouic-les-Flots, tous nos personnages se retrouvent. Jean et Mélanie d'une part, Monsieur du Pas-de-Vis et la duchesse d'autre part, semblent se plaire.

    Bastien et Eva fêtent amoureusement leurs secondes fiançailles. A l'auberge des Trois Ecus, où les deux amants filent le parfait amour, la femme de Bastien poursuit une aventure avec son cousin, le petit Martel.

    Bastien surprend cette intrigue. Il décide de divorcer. Persuadé que son infortune l'a rendu ridicule aux yeux d'Eva, il décide de partir.

    Acte III :1922, à Truc-les-Bains

    Monsieur du Pas-de-Vis et Mélanie, Jean et la comtesse ont divorcé. Mélanie ayant touché un nouvel héritage, nous la retrouvons mariée avec Jean. De son côté, Monsieur du Pas-de-Vis a épousé la comtesse.

    Bastien a, lui aussi, divorcé. A Truc-les-bains, il retrouve Eva. Les deux jeunes gens s'aiment toujours. Avec la bénédiction de leurs parents, ils décident de se marier, cette fois-ci pour de bon.


La partition

    Ouverture

    Acte I : " Nous ne disons jamais de mal de personne " (Marguerite, Margot, Mag) ; " Ta bouche a des baisers " (Eva et Bastien) ; " Le petit amant " (Bastien) ; " Duo des terres et des coupons " (du Pas-de-Vis et la comtesse) ; " Quand on veut plaire " (du Pas-de-Vis) ; Chœur et final I

    Acte II : " Non, non, ,jamais les hommes " (Eva) ; " De mon temps " (la comtesse) : " Cà c'est une chose " (Bastien) : " Machinalement " (Bastien) ; Quatuor " Puisqu'un heureux hasard " (La comtesse, Mélanie, Jean, du Pas-de-Vis) : Final II

    Acte III : Duetto des domestiques (Mélanie, Jean) ; " Pour toi " (Eva et Bastien) : " Quand on a du sens " (la comtesse, du Pas-de-Vis) : Quatuor " Comment pourrions-nous faire " ; Final III


Fiche technique

Ta Bouche

    Opérette en 3 actes, livret d’Yves Mirande, lyrics d’Albert Willemetz ; musique de Maurice Yvain. Mise en scène d’Edmond Roze.

    Création à Paris, théâtre Daunou, le 1er avril 1922. Avec :
Victor Boucher (Bastien), Guyon fils (du Pas-de-Vis), Gabin père (Jean), Jeanne Saint-Bonnet (Eva), Jeanne Cheirel (la comtesse), Mary Hett (Mélanie), Christiane d'Or (une des jeunes filles)

Editions Salabert


Discographie

Sélections

Suzanne Lafaye, Fanély Revoil, Souris, Gaby Basset, Jacques Jansen, Max de Rieu, Pierre Héral. Direction musicale, Richard Blareau.
Disque 33T 30cm Decca 215.922

Victor Boucher, Guyon fils, Gabin père, Jeanne Saint-Bonnet, Jeanne Cheirel, Marie Hett. 
12 extraits de Ta bouche (un coffret EPM 982482 4CD " L’opérette française par ses créateurs " comprenant des extraits de 9 opérettes de la période 1921-1934) (19 mn)


Références

Vous retrouverez Ta Bouche dans " Opérette " n° 28,  36,  90, 98, 114, 115, 119, 133 & 134.
Si vous ne possédez pas ces numéros, vous pouvez les commander à l'ANAO (voir Grands dossiers et publications - Anciens numéros)


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Dernière modification: 24/04/2012


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