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1866. Paris est plus que jamais la
ville des plaisirs. La capitale prépare l’exposition de 1867 et s’apprête
à accueillir des " flottes de nababs " (Daudet)
Jacques Offenbach est au sommet de
sa gloire. Il vient de remporter, avec ses complices habituels, Meilhac et
Halévy, deux triomphes sur la scène des Variétés avec La Belle
Hélène et Barbe-Bleue. Le trio prépare La Grande Duchesse
de Gérolstein en vue, justement, de l’exposition. Et de refuser les
demandes alléchantes de directeurs qui cherchent comment divertir les
nombreux visiteurs attendus…
Plunkett, le directeur du théâtre
du Palais Royal a l’idée de produire une sorte de vaudeville à
couplets, selon la tradition de la maison, qui serait une caricature de la
société parisienne. Le titre est même trouvé. Ce sera La Vie
Parisienne. Il soumet son projet à Offenbach et ses auteurs
habituels : les trois hommes sont enthousiasmés.
Une ombre au tableau : l’ouvrage
devra être interprété par les comédiens habituels du théâtre, qui ne
sont guère préparés à chanter une véritable partition : " Si
mesdemoiselles Honorine, Paurelle et Montaland, charmantes étoiles de la
troupe, sont capables d’interpréter des couplets pas trop difficiles,
on ne peut en dire autant de Jules Brasseur (l’ancêtre de tous les
Brasseurs " à la voix graillonneuse, de l’irrésistible
Hyacinthe au timbre… détimbré ou de Gil Pérès, jeune premier, dont
le filet vocal passe timidement la rampe ! "
(1)
Offenbach réussit tout de même à
faire engager Zulma Bouffar pour qui il pourra écrire le rôle de
Gabrielle sans contraintes.
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Au cours des répétitions, les
comédiens du théâtre prennent peur et finissent par créer un climat d’inquiétude.
Comme d’habitude, seul Offenbach reste confiant et il a raison : la
première, le 31 octobre 1866, est triomphale…
Dans ses ouvrages
précédents, Orphée aux Enfers et La Belle Hélène,
Offenbach et ses auteurs se moquaient déjà de la société du Second
Empire. Mais le choix de l’Antiquité comme toile de fond de l’action
émoussait un peu les critiques. Dans La Vie Parisienne, par
contre, les personnages sont contemporains, la caricature est sans
complaisance. " Le livret écrit par Meilhac et Halévy est
une remarquable photographie du Paris de 1866 " écrit
Jean-Claude Yon dans son " Jacques Offenbach " (2)
À la création, l’ouvrage
comportait 5 actes. En 1873, les auteurs présentèrent, aux Variétés,
une version en 4 actes.
La Vie Parisienne se joue pour
la première série 265 fois consécutives (très gros succès pour l’époque).
Elle conquiert la province et le monde entier. Elle sera toujours à l’affiche
lors de l’ouverture de l’Exposition Universelle qui ouvre ses portes
le 1er avril 1867. La première représentation triomphale de
La Grande Duchesse de Gérolstein a lieu le 12 avril 1867. Mais ceci est
une autre histoire...
Après Paris, La Vie Parisienne
conquiert la province, Vienne, Berlin, et bientôt le monde entier.
La Vie Parisienne est sans
doute l’ouvrage d’Offenbach qui a totalisé le plus de
représentations. Parmi les reprises parisiennes, on, citera :
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Suzy
Delair & Pierre Bertin
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Quatre reprises au théâtre des
Variétés (1892, 1896, 1904, 1911) avec des interprètes qui avaient pour
nom, Mlle Méaly, Germaine Gallois, Albert Brasseur, Baron, Eve
Lavallière, Anna Tariol-Baugé et même Mistinguett (1911)
L’ouvrage est donné à Mogador en
1931 avec Jane Marnac, Danièle Brégis, Rose Carday, Jeanne Saint-Bonnet,
Max Dearly, Félix Oudart, Henri Laverne, Dréan.
La version donnée au Palais-Royal
par la compagnie Renaud-Barrault en 1958 a fait date dans l’histoire de
l’opérette. La mise en scène de Jean-Louis Barrault, l’excellence
des comédiens-chanteurs (Simone Valère), Suzy Delair (comme Zulma
Bouffar à la création, la seule chanteuse lyrique ", Madeleine
Renaud, Pierre Bertin, Jean-Pierre Granval, Jean Desailly, Jean Parédès,
Georges Aminel ont fait du spectacle un triomphe et ont sans doute
contribué au " retour en grâce " d’Offenbach qui,
depuis un certain temps, était délaissé par les scènes françaises.
On citera encore
à Paris la version de Jean Marsan et Raymond Vogel à l’Opéra Comique
(1974) avec Nicole Broissin, Danièle Millet, Christiane Harbell,
Madeleine Vernon, Michel Caron, Henri Gui, Jacques Mareuil, Jean-Marc
Recchia, Luc Barney ; celle donnée en 1981 pour la réouverture du
Châtelet, en 1985 au théâtre de Paris, en 1990 salle Favart, en 1997 au
Palais Omnisport de Bercy et à la Comédie Française (version de Daniel
Mesguich qui fut l’objet de controverses), en 2002 à l’Opéra-Comique,
mise en scène de Jérôme Savary (3).
1 - Guy Lafarge dans " Opérette " n°
37
2 - Editions Gallimard
3 - Les versions données à Paris à partir de 1980 font l’objet d’articles
complets dans la revue " Opérette "
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