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Créé à Broadway le 22 septembre
1964, Fiddler on the Roof (Un violon sur le toit) ne quittera l'affiche que le 2 juillet 1972, après un total de
3242 représentations.
Les artisans de ce succès sont le
compositeur Jerry Bock, l'auteur de lyrics Sheldon Harnick, le librettiste
Joseph Stein, le metteur en scène et chorégraphe Jerome Robbins, le producteur
Harold Prince et les interprètes parmi lesquels il faut retenir les noms de
Zero Mostel, Maria Karnilova et Julia Migenes (l'interprète célèbre du rôle
de Carmen dans le film de Francesco Rosi).
Comment l’ouvrage est-il né ?
Jerry Bock et Sheldon Harnick manifestent un jour le désir d'écrire une comédie
musicale tirée d'un roman de l'écrivain juif allemand Sholom Aleichem. Leur
première proposition ne séduit pas Joseph Stein avec qui ils ont déjà
collaboré pour The Body Beautiful
(1958). Un second projet, basé sur le roman Tevye's
Daughters suscite nettement plus d'enthousiasme et est présenté à Harold
Prince qui a déjà produit, des mêmes Bock et Harnick, Fiorello (1959), ouvrage ayant obtenu le prix Pulitzer, Tenderloin
(1960) et She Loves Me (1963).
A priori, le succès de
l'entreprise est loin d'être acquis car, sans mise en scène fastueuse, sans
costumes scintillants, sans girls affriolantes et sans happy end, la pièce
montre essentiellement les essais désespérés de pauvres gens - en
l'occurrence des Juifs dans la Russie tsariste de ce début de siècle - désirant
maintenir vivantes leurs traditions dans un milieu étranger et hostile, ainsi
que leurs difficultés à établir des racines dans un endroit qu'il seront
finalement obligés de quitter.
Joseph Stein, qui a commencé
sa carrière en écrivant des sketches pour des revues et qui a déjà fourni
les livrets de Plain and Fancy, Mr
Wonderful, The Body Beautiful, Juno et Take
Me Along, reprend les personnages principaux du livre de Sholom Aleichem
mais il n'en retient que quelques épisodes, voulant recréer une histoire qui
illustre avant tout l'effritement graduel des traditions, notamment au travers
du mariages des filles du héros. Parmi les modifications apportées à l'œuvre
originale, retenons l'ajout de personnages de second plan, la suppression de références
trop nombreuses aux Ecritures, des dialogues moins mélodramatiques, et le héros
qui apparaît non plus comme un homme doux et parfois maladroit mais bien comme
quelqu'un d'énergique et non dépourvu d'esprit (les auteurs en seront encore
à modifier leur personnage en fonction de la forte personnalité de l'interprète
du rôle).
Le metteur en scène Jérôme
Robbins, lui, règne alors sur le monde de la comédie musicale américaine,
depuis de nombreuses années : en fait depuis la création de On
the Town(1944). Ont suivi : Billion
Dollar Baby, High Button Shoes, Look Ma, l'm Dancin', Miss Liberty, Call Me
Madam, The King and I, The Pajama Game, Bells are Ringinget, “the last but not the least”, West Side Story.
Pour Fiddler on the Roof, il est parvenu, malgré quelques concessions indispensables au
goût de la comédie musicale, à imprégner tout son spectacle de cette
atmosphère caractéristique à la communauté juive, avec ses danses rituelles,
son sens de la famille et des traditions et son humour tout particulier, qui ne
réside pas dans l'intention des personnages d'être spirituels mais plutôt
dans leur manière d'exprimer ou de cacher leurs sentiments et leurs émotions.
Jerry Bock et Sheldon Harnick en
sont à leur cinquième collaboration. Précédemment, Bock avait déjà composé
des airs pour les revues Catch a Star
et The Ziegfeld Follies, ainsi que la
partition de Mr. Wonderful, tandis que
Harnick avait écrit quelques numéros pour New Faces of 1952, Two's Company, The Littlest Revue et John
Murray Anderson's Almanac.
Pour
leur nouvelle pièce, ils écrivent une partition qui deviendra vite très
populaire ; à côté de pages de musique traditionnelle, il en est
d'autres où l'on trouve douceur, émotion, désenchantement (“Tradition”,
"SabbathPryer", "Arlatevka") ou qui sont plus proches du
style "musical" habituel (“Matchmaker, Matchmaker"), “Miracle
of Miracles", "Now I have Everything"), numéros pas toujours
appréciés par la critique mais qui illustrent d'une certaine façon le désir
des jeunes de rompre avec la tradition.
Le rôle principal, celui de Tevye,
est tenu par Zero Mostel, un des rares acteurs de l'époque à cueillir ses succès
tant dans le répertoire dramatique (Ulysse
in Night-town de James Joyce, The Good
Woman of Setzuan de Bertold Brecht et même des pièces de Molière) que
musical (Beggar's Holiday, Keep' Em
Laughing Concert Varieties) et il
obtient la récompense de meilleur acteur pour ses interprétations dans Rhinoceros
de Ionesco (drame) et A Funny Thing
Happened on the Way to the Forum (musical). Dans ce rôle de Tevye qu'il a déjà
interprété dans la production off Broadway d'une pièce dramatique intitulée Le Monde de Sholom Aleichem, Mostel se fait surtout remarquer par sa
manière de basculer brusquement de l'humour à la mélancolie, de l'exubérance
la plus folle à l'émotion la plus profonde, et par les rapports exceptionnels
qu'il parvient à établir avec le public.
Dans le rôle de Golde, la femme de
Tevye, Maria Karnilova forme avec Mostel un couple chaleureux, humain, crédible
(pensons à la scène et au duo "Do You Love Me" dans lesquels les époux,
voyant leurs enfants se marier par amour, s'interrogent, confus et désorientés,
sur leurs propres sentiments mutuels) et cette artiste surprend les critiques et
ses nombreux admirateurs qui la connaissaient avant tout comme danseuse
fantaisiste (notamment sa composition de danseuse strip-teaseuse dans la comédie
musicale Gypsy).
À Londres, le rôle est créé par
l'acteur israélien Topol qui sera également l'interprète principal du film.
Au moment de la création, les
critiques avaient pensé que le spectacle intéresserait uniquement la communauté
juive de New York, quelques-uns allant même jusqu'à regretter la touche
typiquement "Broadway" apparaissant dans certaines scènes. Mais le
librettiste, par les légères modifications apportées au fond profondément
juif de l'histoire originale de Aleichem et par ses allusions plus générales
à un monde d'oppression et de violence, est parvenu à rendre la pièce plus
universelle et accessible à tous les publics.
A la fin de sa première saison
new-yorkaise, Fiddler on the Roof
obtient la plupart des "Tony Awards" décernés pour un spectacle
musical : meilleure pièce, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure
production, meilleur librettiste, meilleur compositeur, meilleur auteur de
livret, meilleurs costumes, meilleure chorégraphie. A ses débuts à l'lmperial
Theatre, la recette s'élève à environ 88 000 dollars par semaine ;
les 100 000 dollars sont atteints quand la pièce passe au Majestic Theatre
plus vaste et la production devient rapidement le plus grand succès financier
de Harold Prince.
En juin 1966, une compagnie itinérante
est mise sur pied, menée par Luther Adler tandis qu'une autre compagnie
s'installe à Dallas, menée par Paul Libson. La même année, des productions
apparaissent en Finlande et en Israël. Puis la pièce est jouée en Angleterre,
en Hollande, au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Australie et même au
Japon. Et en France en 1969... Fiddler on the Roof : l'un des plus
grands succès de l'histoire au musical américain.
Le spectateur français, comme
celui des grandes villes européennes et américaines, ne pouvait qu'être
sensible à cette histoire d'une communauté juive laborieuse, tapie quelque
part dans l'immensité des Tzars et qui allait bientôt être persécutée.
D'autant que la pièce, bien construite, était enrichie de très jolies pages
musicales comme la "Prière du Sabbat", "Est-ce que tu
m'aimes", "Tradition" ou “Ah! si j'étais riche”.
D'autant que la distribution
comprenait une troupe de tout premier ordre : Ivan Rebroff, une force de la
nature à la présence scénique et vocale indiscutable ; Maria Murano,
remarquable artiste, constamment à la hauteur de son remarquable partenaire.
Autour d'eux, des personnages bien campés par Florence Blot (la marieuse),
Philippe Ariotti (le tailleur), Gérard Paquis (l'étudiant), Marco Perrin (le
boucher), Geneviève Darnault, Janet Clair et Monique Galbert (les filles aînées
de Tevye), Georges Adet, Carlos Otero... A la tête de l'orchestre, Wall Berg !
C'est tout dire...
Créé à Paris (théâtre
Marigny), le 8 novembre 1969, Un Violon
sur le Toit se joua jusqu'au 23 mai 1970, fut repris fin septembre et
termina sa carrière dans la capitale le 2 janvier 1971. En tout 292 représentations.
Beau résultat pour cette excellente production à une époque où le spectacle
musical s’essoufflait sérieusement dans la capitale.
La tournée qui suivit emmena pendant quelques mois le
Violon sur le Toit sur les principales scènes de l'hexagone. Puis le
silence...
Puis le silence brièvement
interrompu par quelques représentations données l’Opéra de Nice en février
1988 dans le cadre du XXe anniversaire du jumelage de la ville de Nice et celle
de Szeged (Hongrie): une pièce américaine, interprétée en hongrois, surtitrée
en français !
Le 28 septembre 2005 une nouvelle
adaptation française de Stéphane Laporte voit le jour au théâtre Comédia à
Paris (ex Eldorado). C’est une réussite complète parfaitement interprétée
par Franck Vincent (Tevye) et Isabelle Ferron (Golde) en tête d’une
distribution réunissant les excellents Sandrine Seubille, Christine Bonnard,
Amala Landré, Vincent Heden, Thierry Gondet, Franck Sherbourne… Direction
musicale, Pierre Boutillier; mise en scène, Jeanne Deschaux et Olivier Bénézech.
Article de Michel Leclercq réactualisé
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